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Premier roman La Grande Flourenn

Premier roman en précommande sur Amazon. Sortie le 30 avril 2018.

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23 mars 2018

La Grande Flourenn est en précommande sur Amazon

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La tombe du soldat inconnu dans La Grande Flourenn

Il est mort depuis longtemps à la guerre de 14, grand-père. Sur la photo, il est beau avec son gros nœud d’étudiant en architecture. J’aurais bien voulu le connaître parce que maman dit qu’elle lui ressemble, il n’avait peur de rien. Pourtant, elle n’a jamais connu son père, maman, parce qu’il est mort trois mois avant sa naissance, dans les premiers temps de la guerre, sous le feu des canons français qui n’avaient pas bien réglé leurs tirs.

Prélude

Ce soir, à l’arrêt du car, on est montés sur le marchepied. Au premier rang, une dame est assise, belle, élégante et qui nous sourit. C’est elle, c’est grand-mère ! Elle descendra plus loin, au véritable arrêt. On devine son gant noir qui nous fait signe à travers le carreau. Je suis heureux, elle va nous protéger : finies les gifles de papa, finie la cuisine dégueulasse de maman.

Nous arrivons essoufflés à la maison, elle est déjà là. On l’embrasse. Elle sent bon. Peut-être qu’elle nous aime plus que maman. Quand elle est là, on se sent en sécurité. Grand-mère Marie a fini son travail de receveuse des Postes pour toujours. Désormais, elle va vivre avec nous. Malgré tout, il faudra la partager avec nos cousins Harpo, Birdy, Nina et Chamberlain. À l’automne, on leur rend grand-mère, au printemps, on la récupère, c’est convenu. Je crois qu’on aura envie de tricher et la garder le plus longtemps possible, ils diront que c’est à cause des clafoutis, des crêpes et gâteaux qu’elle nous fait, mais ce n’est pas seulement ça.

Elle défait son chapeau, ses cheveux sont blonds et déjà un peu blancs. Son teint est encore de lys et de rose, mais sur le point de se faner. Et sa peau, surtout, est tellement douce, qu’on a envie de l’embrasser par gourmandise. Elle remet ses gants dans son sac et y trouvant la photo de son Marcel, nous la tend : « Tenez ! La photo de grand-père ! »

Il est mort depuis longtemps à la guerre de 14, grand-père. Sur la photo, il est beau avec son gros nœud d’étudiant en architecture. J’aurais bien voulu le connaître parce que maman dit qu’elle lui ressemble, il n’avait peur de rien. Pourtant, elle n’a jamais connu son père, maman, parce qu’il est mort trois mois avant sa naissance, dans les premiers temps de la guerre, sous le feu des canons français qui n’avaient pas bien réglé leurs tirs.

« De toute façon, poursuit grand-mère, il ne voulait plus vivre depuis le jour où il avait rencontré dans la forêt un soldat allemand, beau comme une jeune fille. Ils s’étaient soudain retrouvés nez à nez. Que faire ? C’était lui ou moi ! disait-il. Alors il l’avait abattu presque à bout portant. C’était lui ou moi ! ne cessait-il de répéter avec obsession. Il ne voulait plus vivre et c’était tellement facile de mourir ! On ne l’a jamais retrouvé, comme des milliers d’autres. Voilà pourquoi le soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe, vous savez quoi les enfants ? Eh bien, c’est peut-être votre grand-père ! »

« C’est peut-être lui… » se console-t-elle.

Il se fait un silence, on entend le feu lécher et crépiter. On croit voir dans la forêt le soldat allemand, beau comme une jeune fille… On est comme grand-mère, on ne comprend rien à la guerre !

Extrait du roman de Lise Audoin, La Grande Flourenn, 2018

Naissance

« Je ne me souviens plus de la naissance d’Ismaël. Maman cousait un berceau — mais je vois toujours maman cousant des dentelles et rassemblant des layettes, papa en a d’ailleurs fait un tableau, une jeune femme, les cheveux libres sur son épaule, a un regard souriant au milieu d’un fouillis de dentelles étalées sur ses genoux et débordant du moïse — on sent l’émotion du grand événement qui se prépare. Habitiez-vous l’appartement de Gennevilliers ou chez grand-mère qui était receveuse des Postes à La Celle-Saint-Cloud ? Je ne sais plus. On était au printemps 1945, c’était la Libération et j’avais deux ans. Je faisais la découverte du jardin de grand-mère, des fleurs, des oiseaux et du soleil. Le visage des grandes personnes était encore crispé de l’épreuve de quatre années de guerre. Avec une excessive avidité d’un monde neuf et heureux. » Lise Audoin, La Grande Flourenn, 2018

I  – LE TEMPS DU BONHEUR

RÊVE DE MER

Naissance

Je ne me souviens plus de la naissance d’Ismaël. Maman cousait un berceau — mais je vois toujours maman cousant des dentelles et rassemblant des layettes, papa en a d’ailleurs fait un tableau, une jeune femme, les cheveux libres sur son épaule, a un regard souriant au milieu d’un fouillis de dentelles étalées sur ses genoux et débordant du moïse — on sent l’émotion du grand événement qui se prépare. Habitiez-vous l’appartement de Gennevilliers ou chez grand-mère qui était receveuse des Postes à La Celle-Saint-Cloud ? Je ne sais plus. On était au printemps 1945, c’était la Libération et j’avais deux ans. Je faisais la découverte du jardin de grand-mère, des fleurs, des oiseaux et du soleil. Le visage des grandes personnes était encore crispé de l’épreuve de quatre années de guerre. Avec une excessive avidité d’un monde neuf et heureux.

Mais les lapins m’intriguaient aussi. Surtout les tout blancs avec les yeux rouges. Ils appartenaient à une amie de grand-mère qu’on était venus visiter. Quand elle ouvrit son four, il s’en dégagea une si délicieuse odeur de petits gâteaux que j’en salive encore de plaisir. J’aimais aussi le bureau de poste de grand-mère qui avait de curieuses odeurs mêlées, de plancher poussiéreux, d’encre et de public. Les employées étaient des jeunes filles qui s’amusaient de moi, me prenant sur leurs genoux pour m’apprendre à écrire, à tamponner, à tricoter et me couvraient de baisers.

Le bureau de poste dont grand-mère s’enorgueillissait d’être la receveuse se trouvait à deux pas du quartier général d’Hitler. Mais les gens de la petite ville ignoraient que l’une des villas dans les bois abritait le cerveau central du monstre.

Maman, en socquettes blanches et cape bleu-marine, allait souvent promener la petite Angèle dans les allées majestueuses où elle ramassait des châtaignes.

– Verboten ! cria un jour un soldat allemand.

Alors, maman lui jeta les châtaignes à la figure. Elle aurait pu se faire ramasser et la petite Angèle aussi, mais maman n’avait peur de rien.

Ce monde était celui de la plus hideuse des guerres. À moi, il m’apparaissait si étincelant et gai qu’à neuf mois une envie irrésistible me prit de m’élancer sur mes deux petites pattes tremblantes à sa conquête enthousiasmante. Le bonheur indicible de sentir mon corps danser librement dans l’air léger, danser encore, danser toujours, joie à chaque instant redoublée de la marche. Je m’en saoulais tout le jour, je m’en grisais le lendemain encore jusqu’à épuisement. Il n’y avait rien de plus beau au monde que le monde.

Alors Ismaël, tu es né. Il était une heure du matin, ce 9 août 1945, un avion gros de ses flancs se dirigeait sur Nagasaki. Mère grosse de ses flancs s’apprêtait à t’expulser. Une ouverture se fit sous le ventre de l’avion. Mère fit un dernier effort et la lumière fut ! La lumière fut sur Nagasaki, ô Katchina, requiem sur Nagasaki, requiem sur le Japon, requiem sur l’humanité !

Lise Audoin, La Grande Flourenn, 2018 (début du roman)

Conte philosophique : Genèse

C’était le jour de Pâques. Sur une petite planète verdoyante quelque part au milieu du Cosmos, Dieu créa la femme. Un jour celle-ci accoucha du premier homme.

Par la suite tous deux engendrèrent l’Humanité qu’ils nommèrent Josette.

Celle-ci ne se trouva pas trop mal sur la planète bleue, dite Île de Pâques, dans l’océan cosmique.

Le défaut d’origine de Josette

Néanmoins Josette est loin de mener la vie d’une déesse pour qui rêves et désirs se réalisent instantanément, à l’infini…Alors qu’elle, douée d’un corps et d’un esprit, ressent douloureusement que tous deux ne soient pas en harmonie. Elle doit se rendre à l’évidence : ces deux entités antinomiques et complémentaires ne cessent de s’entraver mutuellement. Josette n’est pas en paix. Elle cherche désespérément à remédier à son défaut d’origine. Mais existe-t-il seulement un remède à sa condition humaine malheureuse ? Pour la consoler ses parents lui ont donné un fiancé. Mais lui-même souffre autant qu’elle…alors que faire?

Les organes artificiels de Josette

L’Humanité, contrairement aux animaux, ne se contente pas de ses organes internes. À un moment donné, elle a innové et s’est inventé des organes artificiels externes. C’est là son secret, sa merveille. Tout au début, son premier silex taillé. Quelques millénaires plus tard, une petite pointe de flèche tranchante comme un rasoir, lancée à une vitesse inouïe, qui va se planter au cœur des plus gros animaux de la planète Île de Pâques. L’arc est son organe externe. Cet organe est un remède pour la faible humanité qui inventera beaucoup d’autres armes de plus en plus meurtrières. Ainsi Josette est-elle devenue la plus redoutable prédatrice de la planète.

Son remède est devenu un poison.

Josette menacée d’être chassée du paradis terrestre:

Son île, couverte de forêts primaires gorgées de vie, grouillantes d’animaux tous plus beaux les uns que les autres, est un véritable Éden. Josette va y prospérer à millions et même à milliards…sans se douter que son remède, qui lui permet de se rendre maîtresse de la nature, est en même temps un poison, comme l’exprime si clairement le caducée de Mercure où viennent s’enrouler deux serpents.

Grâce à ses organes artificiels, elle va pouvoir exploiter à son profit la planète entière:

Après Christophe Colomb, ses fières caravelles s’élanceront à la conquête des mers.

Un ingénieux système d’assurance la préviendra des risques encourus en cas de naufrage. Elle piquera aux Chinois leur invention de la poudre à canon pour créer partout dans le monde des comptoirs, puis des colonies. La pluie de flèche des peuples spoliés sera impuissante face aux canons de ses galions. Ayant amassé de fabuleuses richesses, elle inventera le monstre Capital et son système financier redoutable.

Josette devient maîtresse du monde.

Effets ambivalents de la domination mondiale de Josette

Grâce au commerce dit « triangulaire », une petite partie de l’humanité s’enrichit de façon éhontée. Une autre partie voit son bien-être augmenter. Mais ceux des pays étrangers spoliés, appelés pays du Tiers-monde, iront de plus en plus mal.

L’action sur « la matière »a réussi ! Mais qu’en est-il de l’action sur « l’esprit » ?

À l’époque moderne, le philosophe Descartes s’attaque à l’esprit de Josette. Il dédouble sa pensée en deux entités antinomiques et complémentaires, privilégiant l’une au détriment de l’autre:

D’un côté le pouvoir analytique du calcul, qui est l’entendement.

De l’autre, le pouvoir synthétique de la conscience éthique, qui est la raison.

Et c’est l’entendement, le calcul automatique, qui est mis au pinacle, tandis que la conscience éthique passe à la trappe. C’est l’inhibition qui triomphe, car une action désinhibée est naturellement plus efficace qu’une action consciente des limites imposée par une loi qui respecte l’éthique.

Le versant « poison »prime sur le versant « remède »des organes artificiels de Josette. Le fait l’emporte sur le droit. L’anarchie sur la démocratie.

L’éthique sublime des grandes religions est elle-même attaquée:

À l’époque moderne, la Controverse de Valladolid se pose la question de savoir si les Indiens d’Amérique de sud ont une âme.

D’ailleurs, les femmes elles-mêmes ont-elles une âme ?

Le défaut d’origine de Josette, la dualité constituée par son corps et son esprit, son ego-objet et son ego-sujet, sa matière organique et sa conscience, cette dualité qui l’entrave est interprétée par les religieux comme le « péché originel ». Ce qui entraîne la grave conséquence de la culpabilité des peuples dominés : s’ils souffrent, c’est qu’ils sont coupables d’avoir péché, leur misère et leurs souffrances sont une punition de Dieu. Par contre, si Rothschild a réussi, lui, c’est par une grâce divine bien méritée.

À l’aube du XXIe siècle, l’invention géniale d’Algor, mi-ange sublime, mi-démon exterminateur

Après avoir triomphé de la matière en pillant les richesses de l’Île de Pâques, le Capital financier s’attaque maintenant à l’esprit de Josette, en allant bien plus loin que le philosophe Descartes. Il vient de créer une innovation inimaginable, bouleversante, à tomber par terre : la pensée artificielle circulant aux deux tiers de la vitesse de la lumière sur un réseau reliant la planète entière, le Web.

L’entendement cartésien acquiert une puissance automatique qui pulvérise l’éclair de Jupiter, ses calculs algorithmiques étant capables de traiter des millions de données en temps réel afin de nous gratifier de la puissance des dieux. Josette a enfin l’impression qu’à l’égal de la fée clochette, elle n’a qu’à formuler un souhait, un désir ou un rêve pour qu’il se réalise aussitôt. C’est en partie vrai. En tout cas pour nombre de démarches, de relations et d’informations en tout genre, l’Humanité vit une époque fabuleuse. Il n’est pas question de se priver de cette puissance reliée aux satellites qui donne à nos vies un confort matériel et relationnel digne des dieux de l’Olympe.

Mais plus grande est la face, plus grand est le dos.

Josette, éblouie par le miracle d’Algor, ne voit pas sa réalité plus sombre.

Le Capitalisme mondialisé numérique nous roule dans la farine, en réalité. Ayant accès à nos données qu’il achète à prix d’or aux plates-formes numériques américaines, il les traite dans l’instant grâce à la puissance de calcul de ses algorithmes afin de nous manipuler. Sachant tout sur nous, il nous conduit là où il veut, c’est à dire au supermarché. Il nous transforme en rien d’autre qu’en consommateurs infantilisés. Sur tous les continents désormais, on peut voir déambuler des millions de pauvres gens obèses, gros bébés géants…

Inadmissible est ce qu’il fait subir à la nature, pollution, réchauffement climatique, extinction en masse du vivant…il crée un monde immonde !

Mais le pire est son crime contre « l’arbre de vie ».

Par esprit de lucre et pure folie, Algor ratiboise les forêts primaires qui apportent l’eau et l’oxygène à travers l’immensité des continents, qui sans elles seraient stériles. Il n’y a déjà presque plus de ces forêts primaires en Arctique, L’Amazonie est à l’agonie, et une pelade atroce se propage sans pitié à travers les forêts équatoriales du Congo et d’ailleurs. Ceci pour remplir les rayons des supermarchés, entre autres, des milliards quotidiens de rouleaux de papier-cul…

Dans moins d’un siècle la planète Île de Pâques, privée de ses arbres, deviendra un désert au milieu de l’océan cosmique.

Et Josette mourra.

Épilogue

Un ou deux millénaires plus tard, Dieu crée à nouveau la femme sur une autre planète en s’écriant :

« Caramba ! Faut-il donc tout recommencer ?»

Lise Audoin

Moëlan-sur-Mer, 18 octobre 2018

La Grande Flourenn de Lise Audoin

Au-delà des quêtes désespérées, la lumière surgit en haut du chemin.

Lise Audoin a mis des mots sur les traumatismes des autres. La résilience est possible.
Entre roman et essai, un livre thérapeutique.

La Grande Flourenn
Annonce de la sortie de La Grande Flourenn

De la terre matricielle surgit l’œuvre de pierre.

Deux enfants s’accrochent au père, figure tutélaire inscrite dans le granit.

La mer a bercé leur enfance. Les herbes bruissantes de la Grande Flourenn ont été les témoins des initiations enfantines.

Après le drame, la sœur aînée part à la recherche du paradis perdu.

La pellicule du film transmute les réalités jamais dites.

Au-delà des quêtes désespérées, la lumière surgit en haut du chemin.

Lise Audoin a mis des mots sur les traumatismes des autres. La résilience est possible.

Entre roman et essai, un livre thérapeutique.

Sortie du roman sur Amazon le 30 avril 2017 en précommande


Crédit couverture : Adam Molariss pour Indiegraphics ©2018